«Les policiers de Val-d’Or sont en détresse et épuisés»

Leur syndicat dénonce la tenue d’une commission provinciale d’enquête

Myriam Grenier myriam.grenier@tc.tc
Publié le 20 décembre 2016

Le président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec, Pierre Veilleux.

©Photo TC Média – Myriam Grenier

Pour Pierre Veilleux, président de l’Association des policières et policiers du Québec (APPQ), une troisième enquête sur ceux de Val-d’Or risque de les achever physiquement et mentalement.

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enquête insuffisante

Le président du syndicat et les policiers provinciaux dénoncent la tenue d’une commission d’enquête publique. Le premier ministre Philippe Couillard annoncera le mandat et les détails mercredi. Cette enquête devrait porter sur le racisme systémique et les pratiques au Québec, notamment policières et judiciaires, envers les Autochtones.

«On la dénonce pour plusieurs raisons. Il y a quelques semaines, une table de travail avait été suggérée avec les différents gouvernements et nous l’avons appuyée. Cela amènerait plus rapidement des actions concrètes. Le premier ministre avait fermé la porte à une commission d’enquête, et là, il fait volte-face. Nous sommes très inquiets, a mentionné M. Veilleux.

«Cela fait 14 mois que les policiers de Val-d’Or sont sous les projecteurs. Avant l'émission de Radio-Canada, ils ont subi une enquête criminelle interne. Après la diffusion, ils ont eu une deuxième enquête criminelle externe avec le SPVM. Là, une enquête publique va refaire les événements de Val-d’Or. J’estime qu’il s’agit d’un abus de procédures», a-t-il ajouté.

Détresse et fatigue

Pour Pierre Veilleux, cette troisième enquête représente la goutte qui fait déborder le vase. «Les policiers de Val-d’Or sont épuisés, fatigués et plusieurs sont en arrêt maladie, a-t-il soutenu.

«Ironiquement, j’étais à Val-d’Or lors de l’annonce d’une possible commission d’enquête. J’ai reçu une charge émotive importante. J’étais face à des gens en détresse. Ils m’ont dit que c’était difficile de travailler à Val-d’Or. Je ne pense pas que ces gens soient capables de subir une troisième enquête. Surtout si elle est publique et télédiffusée», s’est-il inquiété.

Pas seulement la police

Pour le président de l’APPQ, la commission d’enquête ne devrait pas porter précisément sur les policiers. «Si on parle de discrimination systémique, il faut regarder toutes les instances, dont celles municipales. Les policiers ne font qu’appliquer les règlements. Cela va au-delà de leur travail terrain, a-t-il estimé.

«On veut faire partie prenante de cette commission d’enquête afin d’assurer une vigie et de poser des questions lorsque cela sera nécessaire», a précisé M. Veilleux.

Des moyens de pression?

Ce dernier n’écarte pas l’utilisation de moyens de pression au sein de la Sûreté du Québec. «Depuis vendredi, je n’ai pas eu de retour d’appel de Québec. Si le gouvernement fait la sourde oreille à nos demandes, rien n’est exclu, a-t-il indiqué. On attend de voir le décret, car on ne veut pas sauter des étapes. On n’a pas encore réfléchi à ce que l’on fera. C’est sûr que j’ai quelques idées, mais l’effet de surprise est intéressant là-dedans.»

Rappelons que le Directeur des poursuites criminelles et pénales a décidé de ne pas porter d’accusation contre les six policiers de Val-d’Or qui faisaient l’objet d’allégations d’abus de pouvoir envers des femmes autochtones.

Soulignons aussi que 41 policiers du poste de la SQ de Val-d’Or ont intenté une poursuite de 2,3 millions $ contre Radio-Canada en lien avec le reportage d’Enquête portant sur ces allégations.