La région au 2e rang des enquêtes policières indépendantes

Myriam Grenier myriam.grenier@tc.tc
Publié le 31 mars 2016

L’École nationale de police poursuivra l’étude pour la période de 2011 à 2015 afin d’analyser les événements et d’améliorer les pratiques s’il y a lieu. Les enquêtes indépendantes ne sont pas sans rappeler le drame de Lac-Simon où le policier Thierry Leroux a perdu la vie.

©Photo TC Média – Archives/Myriam Grenier

Même si l’Abitibi-Témiscamingue figure parmi les régions les moins populeuses du Québec, elle se classe au 2e rang du taux le plus élevé d’événements policiers qui ont nécessité la tenue d’une enquête indépendante entre 2006 et 2010.

Ce constat ressort de l’étude Caractérisation du travail policier lors des interventions ayant mené à une enquête indépendante menée par la chercheuse Annie Gendron du Centre de recherche et de développement stratégique (CRDS) de l’École nationale de police du Québec (ENPQ). Cette étude avait été demandée par le ministère de la Sécurité publique en octobre 2012.

Pour l’Abitibi-Témiscamingue, on dénombre huit enquêtes indépendantes sur 145 415 habitants (1,9 % de la population du Québec). En comparaison, Montréal compte 32 enquêtes sur 1 946 304 habitants (24,6 % de la population).

Santé mentale et intoxication

Pour les 143 événements policiers analysés, près de 79,3 % des individus étaient dans un état de conscience altéré par un problème de santé mentale, étaient intoxiqués ou les deux à la fois.

«Les difficultés psychosociales rencontrées dans les régions au nord du Québec sont nombreuses et engendrent des situations complexes auxquelles les policiers sont confrontés, lit-on dans l’étude.

«Des études montrent que la consommation abusive d’alcool ou de drogues, les troubles de santé mentale, le suicide et la violence conjugale sont des problématiques répandues. On sait de surcroît que les personnes mentalement perturbées ou intoxiquées ont plus de risques d’être impliquées dans des événements policiers avec emploi de la force. Il s’agit peut-être d’une piste explicative permettant de contextualiser le classement de ces régions quant à leur taux d’enquêtes indépendantes, lorsque réparti en fonction de la densité de la population», ajoute-t-on.

S’adapter

«Appelés à intervenir auprès d’individus résistants, affectés par des problèmes de santé mentale, intoxiqués, suicidaires ou armés et agressifs, les policiers doivent s’adapter rapidement et réagir à des situations parfois explosives», indique-t-on dans un communiqué.

Cette étude amène donc l’École nationale de police du Québec à enrichir sa formation en patrouille-gendarmerie. Elle a ajouté un séminaire de trois heures sur la gestion du stress et des émotions, amélioré une douzaine d’activités afin d’augmenter l’intensité et le réalisme des interventions simulées en intervention physique, en contrôle de foule, en conduite d’urgence et en tir défensif.

L’École a aussi ajouté trois heures de mises en situation auprès des personnes en crise selon diverses variantes: personne armée, suicidaire ou agitée. «L’objectif est d’axer l’intervention sur l’utilisation des techniques de désescalade, de la communication tactique, de l’intervention physique et tactique», explique-t-on.

 

Catégories des circonstances des 143 enquêtes:

- Tirs policiers en réaction à une menace grave

-      Suicides ou tentatives en présence policière

-      Tentatives de fuite à pied ou en véhicule

-      Intervention auprès de gens en crise

Sur les 143 événements analysés

- 79,7 % des policiers étaient patrouilleurs

- 89,5 % sont des interventions spontanées

- 49,6 % ont nécessité la force

- 41,1 % des agressions ou menaces, les sujets avaient une arme blanche ou un objet contondant

-      Les sujets impliqués sont majoritairement des hommes

-      63,4 % des sujets avaient des antécédents judiciaires

Interventions pour suicide ou tentative

- 40,5 % des motifs d’appels n’étaient pas pour une crise suicidaire

- 92,9 % des gens avaient la conscience altérée

-  45 % des appels indiquaient la présence de sujet armé

-  88,1 % des sujets étaient réellement armés