Canadian Malartic a le feu vert pour agrandir


Publié le 19 avril 2017

Le gouvernement du Québec a annoncé en début d'après-midi qu'il accepte le projet d'agrandissement de la mine Canadian Malartic.

Le directeur général de la mine Canadian Malartic, Serge Blais
Photo TC Média – Thomas Deshaies

C'est le député d'Abitibi-Est, Guy Bourgeois, qui en a fait l'annonce. Il a notamment souligné le fait que l'agrandissement consolidera les emplois de plus de 1 250 travailleurs et prolongera la durée de vie de la mine de six ans.

Cette autorisation marque un jalon social et économique important pour Malartic et la région

Serge Blais 

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) avait rendu son rapport public en octobre dernier et demandait que d'importants changements soient apportés au projet. Il aura donc fallu huit mois avant que le conseil des ministres autorise le projet qui a été préalablement analysé par le ministère de l'Environnement.

Des nouvelles conditions ont été ajoutées au décret. La minière devra notamment avoir un système complet de gestion des plaintes en lien avec le climat sonore. Plusieurs rapports devront être également être rendus publics.  Concernant le bruit, le décret prévoit de nouvelles normes. «Les possibles dépassements sonores ne peuvent représenter plus de 12 % du temps d'exploitation, sans jamais atteindre plus de 55 dBA le jour et plus de 50 dBA la nuit», mentionne-ton dans la brochure explicative fournie par le ministère.

Le taux d'extraction est également modifié. «Maintenant, Canadian Malartic va avoir 241 000 tonnes par jour d'extraction autorisée pour du minerai et stérile», a expliqué la chargée de projets du ministère de l'Environnement.

La minière, en contrôle

Les dignitaires lors de la conférence de presse.
Photo TC Média – Thomas Deshaies

Le directeur de la mine Canadian Malartic, Sylvain Blais, qui a accueilli favorablement l'annonce du gouvernement n'était pas surpris par les conditions imposées. «Le grande majorité de ces choses-là, on les fait déjà, a-t-il expliqué en entrevue.  Le grand changement, explique-t-il, réside quant à la norme de bruits. «On s'était engagé à maintenir la recette actuelle. Jamais on va dépasser 50 dBA (la limite est maintenant fixée à 55 décibels le jour)», a-t-il souligné.

M. Blais a salué l'appui du député Guy Bourgeois et du maire de Malartic, Martin Ferron. «Ils (conseil municipal de Malartic) nous ont toujours appuyés au cours de nos démarches. Ce sont des partenaires et alliés», a-t-il souligné.

Long délai

Les chambres de commerce, la Ville de Malartic et la MRC de la Vallée-de-l'OR avaient récemment fait des sorties publiques pour exiger que le gouvernement autorise l'agrandissement. Ces pressions n'auraient pas eu d'impacts sur le gouvernement, selon M. Bourgeois. «C'est un processus long et rigoureux, Il y a des étapes, qu'il faut bien compléter. C'est ce qui s'est fait», a-t-il expliqué.

Quelques minutes à peine après l'annonce, plusieurs chambres de commerce de la région, ainsi que l'Association minière du Québec ont salué la décision gouvernementale. Le président de la Chambre de commerce de Val-d'Or, Stephan Ferron, s'est dit fort satisfait par l'annonce du gouvernement. «C'est pas juste une bonne nouvelle pour la communauté d'affaires, mais aussi pour les travailleurs de la mine», s'est-t-il exclamé en marge de la conférence.

Le député d'Abitibi-Est, Guy Bourgeois, a souligné le fait que cette décision du gouvernement enverrait un message clair aux compagnies minières. «Cela livre un message, que le Québec est une destination propice pour faire des affaires dans le monde minier», a-t-il affirmé.

Déception

Du côté du Comité citoyens de la zone sud de la voie ferrée de Malartic qui est impliqué dans le recours collectif contre la mine Canadian Malartic, on se dit «pas surpris du tout» par la décision, mais déçu. «Ce qui nous déçoit beaucoup, c'est que les principales recommandations du BAPE n'ont pas été prises en compte», déplore leur porte-parole, Guy Morissette.

Le représentant du Regroupement vigilance mine Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT), Marc Nantel, n'a pas mâché ses mots pour dénoncer l'attitude de Québec. «Le gouvernement fait tout pour que la minière fonctionne et ne soit pas dérangée par les plaintes des citoyens», dénonce-t-il. De son point de vue, le gouvernement aurait même assoupli certaines normes dans le présent décret. «On leur permet d'exploiter à des décibels beaucoup plus élevés», déplore-t-il.

La décision de la Cour supérieure du Québec concernant la demande d'injonction interlocutoire a été rendue publique aujourd'hui. Le juge considère qu'il n'y a pas urgence d'agir, puisqu'il refuse la demande d'injonction interlocutoire. Malgré tout, cela ne sonne pas la fin de procédures puisqu'il pourrait ultérieurement autoriser la demande d'injonction permanente.

Le député d'Abitibi-Est, Guy Bourgeois
Photo TC Média – Thomas Deshaies

«Le juge Beaupré donne raison aux citoyens sur la norme du bruit la nuit applicable de 40-45 dB, mentionne la Coalition pour que le Québec meilleure mine dans un courriel transmis aux médias. Toutefois, avec la décision du gouvernement aujourd’hui d’assouplir les normes de bruit la nuit à 50dB et d’augmenter le taux d’extraction à 240 000 tonnes par jour (2 fois plus!), le recours en injonction permanente des citoyens risque fortement d’être caduc.»

La Coalition pour que le Québec ait meilleure mine a critiqué l'absence des «ministres seniors» à la conférence de presse. Le ministre l'Environnement, David Heurtel, le ministre des Mines Pierre Arcand, ainsi que le ministre responsable de la région de l'Abitibi-Témiscamingue, Luc Blanchette, étaient tous absents lors de l'annonce. La conférence de presse a également eu lieu en pleine semaine de relâche parlementaire. «Qu’est-ce qu’ils envoient comme message, ils ne sont pas capables d'appuyer leur décision, de faire une annonce pour montrer qu'ils sont derrière la décision? Beaucoup de déception», conclut M. Nantel.