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D’une chenille à l’autre

La livrée des forêts s’en va, la tordeuse de l’épinette prend le relais


Publié le 5 juillet 2017

Si vous êtes du genre à ne pas apprécier les chenilles, vous devrez vous armer de patience. Alors que l’infestation de la livrée des forêts tire à sa fin, ses chenilles bleues feront sous peu place aux chenilles vertes de la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Livrée des forêts.
Greg Hume

À l’aide de BioSIM, un logiciel de simulation basée sur les données météorologiques, et d’observations sur le terrain, Ressources naturelles Canada (RNCan) a été en mesure de produire des cartes prédisant avec une grande précision l’évolution de plusieurs insectes ravageurs. Et dans le cas de la tordeuse, les nouvelles sont loin d’être encourageantes.

«Nous avons calculé qu’environ 10 % des papillons devraient avoir entamé une migration au 6 juillet. Au 21 juillet, 90 % d’entre eux devraient s’être mis en vol. Plus les nuits seront chaudes et plus les distances parcourues seront élevées. En une seule nuit très chaude, un papillon peut franchir jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres, surtout s’il est porté par le vent», a expliqué Rémi Saint-Amant, programmeur-analyste BioSIM chez RNCan.

La menace prend de l’expansion

En ce moment, l’infestation de tordeuse qui frappe l’Abitibi-Témiscamingue depuis 2008 est principalement restreinte à la MRC de Témiscamingue. Cependant, des traces de défoliation sont maintenant observées sur le territoire de Rouyn-Noranda, dans les secteurs de Rollet et du lac Roger, et jusqu’à l’est du réservoir Decelles, dans la Vallée-de-l’Or.

Les défoliations les plus sévères causées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette sont localisées au nord du lac Simard et du lac des Quinze. Les simulations informatiques de RNCan prévoient qu’entre le 17 et le 21 juillet, 90 % des papillons devraient avoir entrepris une migration, possiblement vers le nord. Les femelles y pondraient alors leurs œufs qui, au printemps suivant, deviendraient des chenilles dotées d’un appétit vorace.

©Ressources naturelles Canada

«Le problème, c’est qu’on ne peut pas déterminer avec exactitude où les papillons femelles de la tordeuse vont aller pondre leurs œufs, lesquels deviennent des chenilles l’année suivante. C’est un élément qu’on essaie d’incorporer dans BioSIM», a indiqué M. Saint-Amant.

Une défoliation qui prend de l’ampleur

Tordeuse des bourgeons de l'épinette.
MFFP

À l’heure actuelle, près de 500 000 hectares de forêts seraient touchés par la tordeuse. Du nombre, quelque 100 000 hectares ont été sévèrement défoliés. Et cette étendue continue de croître. Lorsque cette défoliation sévère se prolonge pendant plus de quatre ans, les sapins baumiers risquent d’en mourir. Du côté des épinettes, le délai va jusqu’à sept ans.

«En Abitibi-Témiscamingue, on retrouve peu de peuplements purs de sapin baumier, l’aliment préféré de la tordeuse, malgré son nom. Comme les forêts sont plus mélangées, la défoliation est moins spectaculaire que dans les autres régions touchées par l’épidémie», a mentionné Christian Hébert, chercheur scientifique en écologie et division des insectes forestiers chez RNCan.

Le paradis des insectes ravageurs

Cependant, cette plus grande diversité végétale fait aussi de la région un paradis pour les insectes ravageurs. «Vous y goûtez particulièrement depuis quelques années, a reconnu M. Hébert. Après quelques années de livrée des forêts, la mouche sarcophage prend le relais cette année. C’est une nuisance, surtout en raison du nombre important d’insectes, mais elle annonce aussi la fin de l’infestation de livrée des forêts puisqu’elle se nourrit de ses larves. Et quand la mouche sarcophage va s’en aller, elle devrait laisser place à la tordeuse.»