Les agriculteurs ont faim

L’État tarde à valoriser l’agriculture nordique

Patrick Rodrigue patrick.rodrigue@tc.tc
Publié le 18 novembre 2016

Sylvain Vachon a invité l’ensemble de l’Abitibi-Témiscamingue à soutenir les démarches de ses membres pour favoriser le développement et la valorisation d’une agriculture nordique au Québec. «Les gens doivent comprendre l’importance d’agir», a-t-il lancé.

©TC Media - Patrick Rodrigue

L’Abitibi-Témiscamingue représenterait un des terreaux les plus fertiles au Québec pour l’expansion de la filière agroalimentaire. Pourtant, l’État québécois ne semble pas être au diapason des producteurs.

C’est pourquoi la 48e assemblée générale de la Fédération régionale de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue (UPA-AT), qui a eu lieu le 18 novembre à Rouyn-Noranda, s’est déroulée sous le thème du développement et de la valorisation de l’agriculture nordique.

«Je ne suis pas un théoricien, mais un praticien de l’économie. Et ce que je constate, c’est que l’agriculture régresse dans notre région, alors qu’on voit l’effervescence renaître en Ontario. De 2009 à 2015, la région a vu le nombre de ses fermes reculer de 21 %. C’est la plus importante baisse au Québec», a commenté le président de l’UPA-AT, Sylvain Vachon, en point de presse.

Notre région compte 110 000 hectares de terres cultivées sur les 210 000 hectares défrichés. Et le potentiel cultivable est de 640 000 hectares. C’est donc légitime de croire au développement de l’agriculture sur notre territoire Sylvain Vachon

Un développement légitime

Les perspectives de croissance sont pourtant là. «Notre région compte 110 000 hectares de terres cultivées sur les 210 000 hectares défrichés. Et le potentiel cultivable est de 640 000 hectares. Notre relève agricole compte également 100 jeunes. C’est le deuxième meilleur taux au Québec au prorata des fermes. Et nous avons aussi une station de recherche en agroalimentaire qui se penche sur nos problèmes en tenant compte de nos réalités. C’est donc légitime de croire au développement de l’agriculture sur notre territoire», a fait valoir M. Vachon.

Retombées économiques et sociales

À cela il faut ajouter les 1840 emplois que crée la filière agricole en Abitibi-Témiscamingue, combinés aux 100 M $ de retombées qu’elle génère chaque année, incluant 5 M $ en fiscalité pour les trois paliers de gouvernement.

«En plus d’une dynamique économique, l’agriculture stimule aussi une dynamique sociale, a fait observer Sylvain Vachon. «Les agriculteurs stimulent l’économie locale et régionale en achetant chez eux. Leurs enfants maintiennent les écoles rurales en vie. Bref, ce sont des gens qui occupent le territoire.»

L’agroalimentaire donne aussi lieu à la plus grosse filière économique du Québec, a rappelé le président de l’UPA-AT. «Ce que les agriculteurs produisent à partir de la terre, c’est ensuite transformé, distribué et vendu. Beaucoup d’emplois gravitent autour de cela. Et le plus beau dans tout ça, c’est que c’est fait par des gens des régions qui dynamisent leur milieu, pas par des multinationales», a-t-il souligné.

Besoin d’outils

Malgré tout, l’UPA-AT peine à voir chez le gouvernement du Québec une volonté concrète de soutenir le développement de son secteur. Surtout que les obstacles sont légion: instabilité des prix, apparition de nouvelles maladies et de nouveaux insectes ravageurs à cause des changements climatiques, éloignement des grands marchés, conditions nordiques qui restreignent l’éventail des productions disponibles, etc.

«La solution passe par le développement collectif de nouveaux marchés, par un soutien à l’innovation chez les producteurs, par des incitatifs pour stimuler la relève et par un partage des risques entre les agriculteurs et l’État. Malheureusement, la vision du gouvernement ne semble pas être la nôtre à cet égard», a déploré M. Vachon.