Crise à Val-d'Or: les dénonciatrices ont peur pour leur sécurité

Thomas Deshaies thomas.deshaies@tc.tc
Publié le 17 novembre 2016

Lecture de la déclaration des femmes qui ont porté plainte contre les policiers de Val-d'Or.

©Photo TC Média

Les femmes autochtones à l'origine des dénonciations ont réagi aujourd'hui à la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP) de ne pas porter d'accusation à l'encontre des policiers de Val-d'Or. Elles affirment avoir peur des représailles et lancent un appel à la solidarité.

«Cela provoque en nous des sentiments profonds et contradictoires: de rage, de découragement, de peur, de crainte d'être jugées et traitées de menteuses. Nous nous sentons trahies, humiliées», a affirmé Jacqueline Michel qui portait la parole des femmes lors de la conférence de presse organisée par le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, jeudi après-midi.

Peur du retour des policiers

«Comme si devant la justice de ce pays, nous  n'étions pas importantes, nous ne comptions pas, nous n'avions pas été écoutées. Et surtout comme si la peur n'allait plus cesser de nous hanter: peur du retour des policiers suspendus, peur des représailles, peur pour notre propre sécurité», a souligné Mme Michel.

L'émotion était au rendez-vous durant la conférence alors que les femmes qui se trouvaient aux côtés de Mme Michel ont fondu en larmes durant la lecture de la déclaration aux médias.

Elles craignent également que ce dénouement décourage les femmes victimes d'abus de porter plainte aux autorités policières. «Ne risquent-elles pas d'abandonner leurs démarches, de dire que "ça ne donne rien, qu'on ne nous écoute pas, qu'on ne peut plus avoir confiance dans le système de justice et de police?"», a dénoncé Mme Michel.

«C'est une honte»

La directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Édith Cloutier, éprouve une profonde déception concernant la décision du DPCP. «Les femmes autochtones sont à nouveau victimes de ce système qui n'a pas su nous protéger. C'est une honte», a-t-elle lancé.  Mme Cloutier a rappelé que l'observatrice indépendante, Fannie Lafontaine, a souligné dans son rapport publié mercredi soir qu'il existait un racisme systémique au sein des forces de l'ordre.

D'autres recours judiciaires

«Si le Gouvernement du Québec refuse d'instituer une commission d'enquête indépendante, il devient en quelque sorte complice de ces gestes à l'endroit des femmes autochtones», a affirmé Mme Cloutier. Selon elle, l'enquête criminelle n'offre pas de réponse à l'injustice subie.

Les dénonciatrices ont fait appel à la firme d'avocats BLG de Montréal «pour les accompagner vers d'autres recours judiciaires», a annoncé Mme Cloutier. Elle n'a cependant pas voulu donner plus de détails sur ces démarches.

Appel à la solidarité

La lecture de la déclaration s'est terminée par un appel à la solidarité de la population québécoise. «Aujourd'hui, nous pouvons faire un solennel appel à tous les gens du Québec. Autochtones comme allochtones, pour qu'ils tendent la main aux femmes autochtones et que puisse se nouer une nouvelle chaîne d'appui et de solidarité plus solide que jamais», a conclu Mme Michel.