Lac Barrière: la pression monte sur Québec et la résistance s'organise


Publié le 26 janvier 2017

Les représentants de la Nation autochtone du Lac Barrière s'opposent catégoriquement aux projets miniers. De gauche à droite: Michel Thusky, Tony Wawatie (directeur général) et Casey Ratt (chef).

©Photo TC Média – Thomas Deshaies

Plusieurs représentants d'organismes et des Nations autochtones de partout à travers la province étaient aux côtés des porte-paroles du Lac Barrière jeudi matin à Val-d'Or, pour les appuyer dans leur opposition contre l'exploration minière sur leur territoire.

On a le droit de dire non aux explorations minières, puis le conseil ne se laisser pas faire. Michel Thusky

La Nation algonquine du Lac Barrière demande au gouvernement du Québec de suspendre les titres miniers détenus par la compagnie Copper One sur son territoire situé en plein cœur de la réserve faunique La Vérendrye. À la demande du conseil de bande, Québec avait suspendu les claims en 2011, mais avait ensuite fait volte-face en 2016.

«La compagnie a demandé un permis au Ministère des Forêts pour faire des chemins forestiers afin d'y faire entrer ses équipements miniers pour du forage, explique Ugo Lapointe de la Coalition Québec meilleure mine. Le gouvernement s'était donné jusqu'au 30 novembre pour avoir l'opinion de la communauté et là, on ne sait pas ce qui se passe.»

Aucun projet minier

La communauté algonquine ne s'oppose pas au développement économique, ni à des activités d'exploitation des ressources naturelles, mais refuse catégoriquement toute activité minière sur son territoire. Elle estime que c'est incompatible avec le mode de vie des membres de sa communauté.

«Nous sommes une communauté pauvre, trop nombreuse, comme la plupart des communautés, mais on a un plan (de développement), vous avez pris nos arbres, vous avez détruit nos terres, ce n'est pas une façon de faire. Nous devons trouver une façon de gérer notre environnement et c'est ce que nous voulons faire», souligne Tony Wawatie, directeur général du Lac Barrière.

Le gouvernement de Philippe Couillard avait relancé les négociations en 2015 pour établir une cogestion intégrée des ressources du territoire. La décision de Québec d'autoriser l'exploration minière pourrait cependant faire dérailler le processus, prévient M. Wawatie.

Une loi anticonstitutionnelle?

«L'avis de nombreux juristes est clair. La Loi sur les mines ne respecte pas les droits constitutionnels des autochtones, tranche M. Lapointe. Les deux principaux problèmes, c'est le fait que la loi permet d'acquérir des claims miniers sur des territoires traditionnels, sans même informer et consulter la communauté avant. Le deuxième, c'est que la vaste majorité des travaux d'exploration ne requièrent aucun permis et aucune consultation des Premières Nations.»

Des procédures légales afin de défendre les droits des Premières Nations pourraient être envisagées. «Le gouvernement du Québec à maintenant l'occasion d'éviter ce processus-là», mentionne M. Lapointe.

«Quelle réaction aurait le gouvernement du Québec, si le gouvernement du Canada anglais autorisait une compagnie minière d'aller faire de l'exploration minière sur les plaines d'Abraham?», s'insurge Michel Thusky du Lac Barrière.

Solidarité

Plus de 25 représentants d'organismes ont participé à une journée de sensibilisation mercredi au Lac Barrière. Plusieurs d'entre eux étaient venus appuyer publiquement les démarches de la Première Nation lors de la conférence de presse à Val-d'Or. «On veut montrer notre soutien», souligne Olivier Kolmel, chargé de campagne pour Greenpeace.

«On milite activement pour la reconnaissance des droits des autochtones tels qu'ils sont proclamés dans la Déclaration des Nations Unies et, au cœur de ces droits-là, c'est le consentement libre, préalable et éclairé sur l'utilisation des territoires autochtones, souligne Dominique Peschard de la Ligue des droits et libertés. Il est grand temps que les gouvernements mettent ces droits-là au cœur de leurs préoccupations.»

Le conseil de bande du Lac Barrière se dit prêt à une escalade des moyens de pression pour faire respecter ses droits. «Le Lac Barrière est connu pour ses manifestations, ses blocages. Québec sait qu'on a fait beaucoup de résistance » prévient M. Wawatie.

Le ministère à l'intention de suspendre les claims

La compagnie Copper One n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue. Le Ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles a annoncé en fin de journée jeudi, qu'il avait l'intention de suspendre les claims de la compagnie Copper One. «Le possible blocage des opérations nous a amenés à prendre cette décision», explique Sylvain Carrier, porte-parole du Ministère de l'Énergie. La compagnie a 15 jours pour faire part de ses commentaires au ministère qui devra ensuite prendre une décision. M. Carrier a toutefois précisé que même si le Ministère allait de l'avant, cela ne signifierait pas pour autant qu'il interdirait toutes activités d'exploration sur le territoire de la communauté du Lac Barrière. Une politique de consultation des communautés autochtones serait également en préparation.

Peuvent-ils refuser un projet minier?

Dans ses nouvelles orientations, le gouvernement a récemment exprimé son intention de permettre aux municipalités de désigner certaines zones d'exclusion des activités minières. «Or, il ne le met pas en place pour des communautés autochtones, ce qui est un peu un paradoxal. Pourquoi ce que l'on donne pour les municipalités, on ne le donne pas aussi pour les communautés autochtones? Pour nous, c'est un non-sens», déplore M. Lapointe.