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«L’AMQ se livre à des enfantillages, alors que la vie des travailleurs est en jeu»

- Alain Croteau, directeur québécois des Métallos


Publié le 12 septembre 2017

Lors d’un point de presse donné devant les bureaux de l’Association minière du Québec, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, n’a pas mis de gants blancs pour dénoncer l’absence, depuis près d’un an, de représentants de l’industrie minière aux comités paritaires de la CNESST en matière de santé et de sécurité dans les mines.

©Syndicat des Métallos

À la suite des accidents survenus les 9 et 10 septembre aux mines Kiena et Westwood, le Syndicat des Métallos et la CSN ont interpellé l’Association minière du Québec (AMQ) pour lui demander de donner «un vrai coup de barre» en santé et sécurité dans les mines.

Lors d’un point de presse donné devant les bureaux de l’AMQ à Québec, dans la matinée du 12 septembre, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, n’a pas mis de gants blancs à l’endroit de l’organisme qui représente l’ensemble des sociétés minières du Québec.

«Depuis près d’un an, tout est paralysé en matière de prévention et d’élaboration de plans d’action en santé et sécurité du travail. Nous dénonçons aujourd’hui l’AMQ, ce lobby des minières, ce syndicat des boss, qui semble avoir donné un mot d’ordre à ses membres de bouder les comités de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) parce qu’elle n’est pas d’accord avec une ordonnance», a-t-il vitupéré.

Travailler ou non à proximité d’explosifs

Un litige opposerait en effet depuis janvier l’AMQ et la CNESST à propos des travaux de soutirage du minerai lorsque des charges explosives sont installées ou prêtes à être déclenchées. Selon la CNESST, la CSN et les Métallos, cette pratique devrait être interdite pour des raisons de sécurité. Depuis, les sous-comités de travail de la CNESST n’ont pu se réunir faute de participation des représentants de l’industrie minière.

L’AMQ doit revenir à la table

Selon la CSN, l’accident qui a coûté la vie à Roméo Girard, le 9 septembre à la mine Kiena de Wesdome à Val-d’Or, puis l’accident qui a fait trois blessés le lendemain à la mine Westwood d’Iamgold à Preissac, sans oublier le décès de Pierre Audet, survenu le 23 février à Westwood, militent clairement en faveur du retour de l’AMQ au comité paritaire patronal-syndical chargé de dégager un plan d’action destiné à mieux encadrer la santé et la sécurité dans les mines du Québec.

«Un accident dans une mine est toujours un accident de trop, a déploré le vice-président de la Fédération de l’industrie manufacturière-CSN, Guy Côté, par voie de communiqué. L’absence actuelle de l’AMQ à la table pénalise l’ensemble des travailleurs miniers du Québec.»

Chez les Métallos, M. Croteau s’est fait plus cinglant. «Nous sentons que les mines ne sont plus du tout en mode prévention, a-t-il lancé. L’AMQ se livre à des avocasseries et des enfantillages, alors que la vie des travailleurs est en jeu. Les minières doivent cesser leur boycott des comités de travail de la CNESST. Le bilan s’était justement amélioré au cours des 30 dernières années grâce à la prévention qui se fait en partenariat avec les employeurs et les représentants des travailleurs. Il ne faut pas revenir en arrière.»

Aucun boycott de l’AMQ

Pour sa part, la PDG de l’AMQ, Josée Méthot, s’est dite très surprise de la sortie des deux syndicats. Elle a assuré que l’AMQ et ses membres ne boycottaient aucunement les comités paritaires de la CNESST.

«Ce qui arrive, c’est que nous avons un dossier complexe en cours au Tribunal administratif du travail relatif à la méthode de soutirage minier sous chantier chargé ou en chargement. Comme celui-ci mobilise toutes nos ressources, nous ne pouvons malheureusement pas être présents ailleurs», a-t-elle expliqué, en entrevue.

Un bilan en constante amélioration

Ce dossier n’empêche toutefois pas l’AMQ de poursuivre sa vigilance en matière de santé et de sécurité du travail, a assuré Mme Méthot.

«Malgré ce que peuvent en dire les Métallos, nos statistiques continuent de s’améliorer, a-t-elle indiqué. Au cours des six premiers mois de 2017, le nombre d’événements dans les mines a été réduit de 22 %. Il n’en demeure pas moins qu’un accident, ça reste toujours un accident de trop. Mais il faut laisser les inspecteurs faire leur travail. Après, on appliquera les recommandations.»