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«J'ai reçu une nouvelle vie pour mes 59 ans»

Un neurostimulateur a mis fin à 24 années de douleurs pour Mado Cantin


Publié le 10 octobre 2017

Mado Cantin arbore fièrement son chandail de l'Institut et hôpital neurologiques de Montréal et pose avec l'iPod qui lui permet de contrôler son neurostimulateur à distance via la technologie BlueTooth. Devant elle, l'aimant qui lui permet à désactiver manuellement l'appareil.

©TC Média - Martin Guindon

Après avoir ressenti une douleur souvent intolérable dans une jambe pendant plus de 24 ans, Mado Cantin a retrouvé une qualité de vie qu'elle croyait disparue à jamais grâce à l'implantation d'un neurostimulateur. Elle est la première Québécoise et l'une des rares Canadiennes à profiter de cette technologie à la fine pointe.

Les débuts de cette douleur chronique remontent à l'été 1992. L'Amossoise a alors été piqué par un insecte à la jambe droite. Elle n'a pas consulté immédiatement, puisqu'il ne s'agissait que d'une piqûre.

On nous demande de décrire notre douleur de 0 à 10. Je disais toujours 12. Ce matin-là, j'ai répondu 0

Mado Cantin

«Mais ç'a tellement piqué, que je me suis grattée jusqu'au sang. Au bout de trois semaines, je n'étais plus capable de marcher sur ma jambe. Mon médecin de famille de l'époque m'a dit que c'était comme si j'étais en train de m'empoisonner», se souvient celle qui a subi une première chirurgie en 1998 afin de diminuer l'enflure dans sa jambe.

Prête à se faire amputer

Au printemps de 2004, après avoir enduré la douleur pendant déjà plusieurs années, Mado Cantin a rencontré l'orthopédiste Édith Beauregard à l'hôpital d'Amos. «J'étais prête à me faire amputer une partie de la jambe pour que ça arrête de faire mal», raconte celle que la douleur privait d'un sommeil réparateur.

Elle a plutôt été référée à la Clinique de la douleur d'Amos. Le Dr Yves Veillette lui a alors proposé une infiltration pour soulager la douleur et un remède pour réchauffer son pied. «Pendant 11 ans, l'anesthésiste Daniel Martin a poursuivi les infiltrations dans ma jambe aux trois mois, mais le soulagement ne durait plus qu'un mois ces dernières années», précise Mado Cantin, qui prenait tellement de médicaments, qu'elle disait à la blague qu'elle faisait son épicerie chez Brunet.

Un cadeau inestimable

Les infiltrations étant de moins en moins efficaces, Dr Martin l'a référée à l'Institut et hôpital neurologique de Montréal. «En novembre 2015, j'ai rencontré Dre Bobbi Popovec. Le 27 juin 2016, la neurochirurgienne Marie-Noëlle Hébert-Blouin m'a implanté le neurostimulateur de façon temporaire afin de voir si ça fonctionnait bien pour moi, raconte l'Amossoise.

«Quand j'y suis retournée le 30 juin, je ne ressentais plus de douleur, sauf celle reliée à l'intervention comme telle. C'était ma fête la veille. J'ai reçu une nouvelle vie pour mes 59 ans», image-t-elle. Devant le succès de l'essai, l'appareil a été installé en permanence le 7 juillet.

Une nouvelle vie

Cette nouvelle vie, Mado Cantin en profite depuis plus d'un an maintenant. Elle a retrouvé une qualité de vie qu'elle n'avait pas connue depuis plus de 25 ans. La douleur ne la réveille plus la nuit. Elle a pu réduire de moitié sa consommation de médicaments. Elle est suivie en physiothérapie par Mary-Lee Blanchette.

«J'ai certaines limitations. Et j'ai encore un problème au bout de mes orteils, mais ça n'a rien à voir avec tout ce que j'ai dû endurer pendant toutes ces années. Je ne peux plus jouer au golf, ni faire du vélo, mais je peux marcher et faire de la natation. Je dors bien. J'ai perdu du poids. J'ai à nouveau le goût de faire de la popote», souligne Mado Cantin, qui n'a que de bons mots pour l'équipe médicale et soignante de l'Institut, ainsi qu'Irina Wolfson et Simon Bogue de la compagnie Abbott, qui commercialise le neurostimulateur qui a changé sa vie.

 

Une bonne candidate pour le neurostimulateur

Pour l'entreprise Abbott, Mado Cantin s'est avérée une bonne candidate pour soulager sa douleur chronique avec le neurostimulateur qu'elle commercialise.

Mado Cantin, flanquée de Simon Bogue et Irina Wolfson, de la compagnie Abbott qui fabrique et commercialise le neurostimulateur qui a littéralement changé sa vie.
gracieuseté

On a donc d'abord procédé à un essai d'une semaine. Une sonde-électrode chirurgicale Penta a été implantée sur sa moelle épinière, mais l'appareil avec la batterie est demeuré externe. «Seulement 50 à 60 % des patients qui nous sont référés s'avèrent de bons candidats à la neurostimulation. Il faut avoir un objectif réaliste. Dans le cas de Mme Cantin, le soulagement était d'environ 100 %», explique Irina Wolfson, du bureau montréalais d'Abbott.

«Le barème, c'est généralement 50 %. S'il est démontré que la douleur est au moins la moitié moindre pendant la semaine test, on peut passer à la phase d'implantation», ajoute son collègue Simon Bogue.

Impulsions électriques

L'appareil a été installé sous la peau comme un pacemaker, alors que la patiente était sous anesthésie locale. Dans ce cas-ci, il a été placé dans le dos de Mado Cantin, au-dessus de la taille. Elle devra subir une nouvelle intervention d'ici sept ans afin de changer la pile.

«Le neurostimulateur permet de traiter la douleur au niveau des nerfs. Une sonde est fixée dans la zone épidurale par un neurochirurgien. Puis, des impulsions électriques viennent bloquer le signal douloureux envoyé au cerveau. Notre sonde chirurgicale permet 20 contacts différents pour envoyer un signal électrique», fait valoir M. Bogue.

«Les pulsations viennent remplacer la sensation de douleur par une sensation plus agréable. Ce qui distingue nos appareils, ce sont les pulsations Burst, qui viennent réduire le picotement et la douleur», renchérit Mme Wolfson.

Contrôlé avec un… iPod

Le neurostimulateur offre plusieurs possibilités à son utilisateur, qui peut le contrôler à partir d'un simple iPod Touch, en faisant appel à la technologie Bluetooth. «Elle peut changer l'intensité des stimulations ou utiliser différents programmes pour obtenir des stimulations à différents endroits», explique Simon Bogue.

«La patiente peut ensuite revenir pour optimiser ses programmes de stimulation. Dans son cas, on a remarqué une baisse significative de la prise de médicaments contre la douleur, une réduction de la douleur presque à 100 % et sa jambe est revenue à la normale», précise Irina Wolfson.

Cette sonde-électrode chirurgicale Penta, qui permet une stimulation sélective des fibres nerveuses, a été implantée dans le dos de Mado Cantin.
gracieuseté

«C'est une technologie qui existe depuis longtemps, mais la communauté médicale a encore du mal à la reconnaître. Elle continue à aller davantage vers les narcotiques et les médicaments contre la douleur. On tente de la faire découvrir», indique M. Bogue, en ajoutant que cette intervention et l'appareil sont couverts par la Régie de l'assurance maladie du Québec.