Karine Hébert part à la cueillette… de baisers

Martin Guindon martin.guindon@tc.tc
Publié le 13 novembre 2016

Karine Hébert

©gracieuseté – Mélanie Hétu

Après le corps féminin dans Dessous intimes, Karine Hébert s'intéresse maintenant aux Corps amoureux et part à la cueillette de baisers pour son nouveau projet artistique.

Une précision s'impose d'entrée de jeu. Il n'est pas question ici pour elle d'embrasser des gens, mais plutôt que des couples de personnes âgées de 18 ans et plus s'embrassent pour elle dans l'espace public.

«J'invite les couples à me donner un baiser. C'est une œuvre qui se bâtit par le lien qu'on crée. On partage un moment d'intimité pendant qu'ils s'embrassent devant moi. Et moi, je tourne autour du couple avec mon appareil et je prends des photos», a expliqué l'artiste de Rouyn-Noranda, lors de son récent passage aux Jardins du patrimoine d'Amos.

Le temps qui passe

Dans ce nouveau projet, Karine Hébert explore donc les notions du désir, de l'amour et du temps qui passe. «La photo, c'est une trace, une façon de garder une trace de ce moment. L'œuvre n'existe pas si les gens ne participent pas. Il s'agit d'un échange avec le couple. Je dois créer un lien et mettre les gens en confiance. Cette démarche avec les amoureux fait partie de l'œuvre», a-t-elle confié.

«Le temps qui passe et le corps qui vieillit, ça me touche beaucoup. Quel sens prend le geste d'embrasser l'autre à l'ère du numérique et de l'instantanéité? Comment se traduit ce geste lorsqu'on a 20, 40 ou 80 ans?», a poursuivi celle qui envoie au couple une photo de son baiser par la poste dans les semaines qui suivent leur rencontre.

D'autres cueillettes

L'événement à Amos était le premier de plusieurs autres, souhaite l'artiste. «Je veux aller partout sur le territoire», a assuré celle qui réalise cette œuvre en parallèle avec son projet de maîtrise interdisciplinaire en arts de l'Université Laval.

Et que compte-t-elle faire avec toutes ces photographies? «Pour le moment, c'est une mosaïque, mais est-ce que ça va vraiment finir en mosaïque? Je ne sais pas. Il faut laisser place aux surprises en création. Je ne veux pas me limiter, mais il y a quand même un échéancier fixé pour la fin de 2017», a-t-elle répondu.

 

Les prochaines cueillettes

Les prochaines cueillettes de l'artiste Karine Hébert auront lieu à la Fontaine des arts de Rouyn-Noranda, le 3 décembre de 10h à 14h, au Rouge Café de La Sarre, le 14 janvier de 13h à 16h, puis à la Galerie du Rift de Ville-Marie, le 3 février de 17h à 19h.

Pas la première fois

Ce n'est pas la première fois que le public participe aux créations artistiques de Karine Hébert. En 2010, dans le cadre de son projet Dessous intimes, elle avait invité les femmes à enfiler des corsets devenus rigides grâce à un trempage dans le plâtre puis à prendre la pose dans un lieu public afin d'affirmer sans équivoque l'incapacité du corps réel de la femme à se plier aux standards véhiculés dans la société. Pas moins d'une cinquantaine de femmes avaient alors participé au projet.