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Le fabuleux parcours d’une enseignante de Winneway


Publié le 10 janvier 2018

Mel Pichette parle toujours de son enseignement avec émotion.

©La Frontière - Lucie Charest

Mel Pichette, une jeune femme de 39 ans née à Winneway, dans la communauté algonquine Long Point First Nation, caressait deux rêves depuis son plus jeune âge: devenir enseignante et recevoir une greffe de poumons.

Ses deux rêves se sont réalisés pratiquement en même temps. Elle a reçu sa greffe de poumons en 2009, tout juste avant de devenir titulaire de sa classe de maternelle à Winneway en 2010. «D’aussi loin que je me souvienne, je rêvais d’enseigner, se remémore-t-elle. À travers toutes les difficultés que la fibrose kystique entraînait, avant ma greffe des poumons, j’ai d’abord commencé à travailler comme éducatrice à la garderie de Winneway. C’est un milieu que j’aimais, mais je ne perdais jamais de vue mon rêve d’enseigner un jour. J’ai finalement complété mon baccalauréat en enseignement à l’UQAT.»

Après les nouveaux poumons, la nouvelle école
Portée par son rêve d’enfant, Mme Pichette a toutefois commencé sa carrière d’enseignante dans des conditions loin d’être idéales. «Comme l’école était contaminée à Winneway, nous avions dû faire des classes dans le gymnase, a-t-elle relaté. Par la suite, nous avons déménagé nos élèves dans l’ancienne école de Laforce, que nous avons dû quitter aussi, car il y avait eu du vandalisme. Nous sommes alors revenus à Winneway, nos locaux étaient éparpillés un peu partout dans la communauté. Et nous avons enfin eu notre nouvelle école il y a un an.»
Tous s’entendront pour dire que cette nouvelle école, où le respect des valeurs de la communauté se reflète jusque dans l’architecture, a complètement changé la donne, tant pour les enfants que pour les enseignants. «Il y a beaucoup de bois dans l’école, souligne Mel Pichette, de belles couleurs qui rappellent la nature. L’ouverture de l’école a été un moment magique pour tous.»

En classe, les valeurs des "Sept grands-pères" sont à la base de toute forme de communication. Elles font partie de nos traditions. Ces valeurs sont sagesse, amour, respect, bravoure, humilité, honnêteté, vérité.

Mel Pichette

Conjuguer liberté et tradition

Pour Mme Pichette, l’enseignement, peu importe où il se pratique, ne doit pas être différent. Lorsque les parents et les professeurs s’appuient mutuellement et vont dans la même direction, les apprentissages se trouvent d’autant facilités pour les enfants.

«Ici, c’est sûr que les enfants ont beaucoup de liberté, ils sont en sécurité dans la communauté, ils font un peu tout ce qu’ils veulent, a-t-elle rappelé. Par contre, en classe, les valeurs des "Sept grands-pères" sont à la base de toute forme de communication. Elles font partie de nos traditions. Ces valeurs sont sagesse, amour, respect, bravoure, humilité, honnêteté, vérité.»
Après avoir surmonté tant d’obstacles, et après 10 ans d’enseignement, Mel Pichette a toujours le feu sacré. Elle en parle encore avec émotion, une lumière singulière illumine son regard lorsqu’elle évoque son lien avec ses élèves. «Ma plus grande joie, c’est quand je me rends compte que les enfants retiennent et appliquent ce qu’on leur a appris», a-t-elle confié en toute simplicité.