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Mort de Denis Aubé: trois constats d’infraction


Publié le 15 mai 2018

Quelques jours après l’accident, la CNESST a procédé à une simulation des événements afin d’en déterminer les circonstances.

©Gracieuseté - CNESST

Trois entreprises ont reçu un constat d’infraction de la CNESST dans le cadre des événements entourant la mort du Lasarrois Denis Aubé, 59 ans, survenue le 15 novembre 2017 à Rouyn-Noranda.

Dans son rapport, publié le 15 mai, la CNESST a retenu deux causes pour expliquer l’accident, soit le contact entre le mât d’une excavatrice et l’échelle dans laquelle se trouvait le travail, ce qui a provoqué sa chute, ainsi qu’une gestion déficiente des activités sur le chantier, alors que trois entreprises s’y affairaient en simultané.

Chute de quatre mètres

Les faits s’étaient produits chez Perreault pièces d’auto, dans le quartier McWatters de Rouyn-Noranda, un peu après 13h30. M. Aubé, qui travaillait pour Alarme La-Sar, installait un système d’alarme et de caméras de surveillance. Au même moment, Construction Yvon Rivest réalisait des travaux préparatoires à la mise en place d’un escalier, tandis que l’entreprise Fern Vézina Inc. nivelait le stationnement à l’aide d’une excavatrice.

«La pelle mécanique avait été appelée à deux reprises pour excaver du matériel sous l’escalier et pour apporter du gravier. À la suite de la deuxième opération, une échelle a été posée sur le mur du bâtiment. L’excavatrice est alors revenue pour une troisième opération. Comme le mât obstruait partiellement le champ de vision de l’opérateur, ce dernier pouvait difficilement voir l’échelle. Il n’avait pas non plus été informé de la présence de celle-ci. Lorsqu’il a eu terminé son travail, il a rétracté le mât et pivoté vers la droite, heurtant l’échelle. Comme la victime était en position excentrée, elle était déjà débalancée. Il s’en est suivi une chute de près de quatre mètres. Le décès du travailleur a été constaté à l’hôpital de Rouyn-Noranda», a relaté l’inspecteur Robert Girard.

L’enquête de la CNESST a aussi démontré que le programme de prévention d’Alarme La-Sar stipulait qu’un travailleur ne devait pas se trouver dans les angles morts d’un véhicule sur un chantier. Pourtant, M. Aubé avait poursuivi son travail lorsque l’excavatrice s’affairait sous l’escalier, à quelques mètres seulement.

«Il n’y a eu aucune communication entre les différentes équipes de travail sur le chantier pour assurer une planification sécuritaire des travaux. C’est ce qui a contribué à ce que l’accident survienne», a indiqué M. Girard.

Amendes allant de 662 $ à au moins 16 145 $

À la suite de son enquête, la CNESST a émis des constats d’infraction aux trois entreprises qui s’affairaient sur le site lors de l’événement. Ceux de Construction Rivest et d’Alarme La-Sar sont assortis d’une amende d’au moins 662 $, tandis que celui de Fern Vézina Inc. comporte une amende minimale de 16 145 $. «Le montant de l’amende est plus élevé en raison de la nature de l’infraction», a précisé Ghislain Vallée, directeur santé et sécurité à la CNESST de l’Abitibi-Témiscamingue.

Pour sa part, le propriétaire de Perreault pièces d’auto, qui agissait à titre de maître d’œuvre des travaux, n’a pas reçu de constat d’infraction. «Comme le maître d’œuvre d’origine avait dû se désister en raison de problèmes de santé, le propriétaire a pris le relais. N’ayant pas d’expérience dans le domaine, il a fait appel à des entrepreneurs en construction. L’enquête a révélé qu’il avait agi dans les règles de l’art», a mentionné Robert Girard.

Recommandations

La CNESST a également émis des recommandations pour prévenir les accidents de ce type, notamment de privilégier un plancher stable pour tous les travaux en hauteur: échafaudage, nacelle, plateforme élévatrice… Il faut aussi s’assurer que toute manœuvre effectuée avec de l’équipement lourd soit exécutée de façon à ce qu’aucun travailleur ne puisse être heurté par une machine en mouvement.

Le rapport d’enquête sera transmis à plusieurs associations gravitant dans le domaine de la construction. «Il sera aussi diffusé dans les établissements de formation offrant le programme Bâtiments et travaux publics afin de sensibiliser les futurs travailleurs», a fait savoir M. Vallée.