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Embouteillage d'eau: 10 fois plus de redevances à Malartic


Publié le 15 août 2017

La Ville de Malartic impose une taxe beaucoup plus élevée que plusieurs municipalités du Québec.

©(Photo Deposit / tezzstock)

La taxe imposée par la Ville de Malartic aux commerces qui embouteillent l'eau du robinet est 10 fois plus importante que celle imposée par d'autres villes, dont Montréal et Senneterre.

Malartic exige à toute entreprise qui utilise l'eau potable provenant du réseau d'aqueduc de la Ville de débourser 6 $ par 1000 litres d'eau, alors que le coût de traitement qui incombe à la municipalité est évalué à 0,78 $ pour ce même volume. Or, la Ville de Montréal ne demande que 0,57 $ pour la même quantité d'eau, soit 10 fois moins. La Ville de Senneterre demande quant à elle, 0,63 $ par 10000 litres.

On n’est pas là pour donner l'eau gratuitement

Martin Ferron

Senneterre s'est basée sur une analyse comparative afin de déterminer une tarification en vue de la construction d'une usine d'embouteillage d'eau du robinet par l'entreprise Groupe eau mondiale VD sur son territoire. Voici quelques taux fournis par le maire de Senneterre, Jean-Maurice Matte: Drummondville (0,31 $); Châteauguay (0,424 $), Val-Bélair (0,418 $), Saguenay (0,46 $) et St-Justin (0,51 $).

L'écart pourrait être plus grand

Le maire de Malartic, Martin Ferron, qui n'était pas encore en poste lorsqu'un comité de la municipalité a notamment proposé d'instituer une taxe sur l'utilisation de l'eau potable il y a plusieurs années, défend toutefois la tarification imposée par la Ville. «C'est sûr qu'on peut se comparer aux autres (pour déterminer le tarif), mais faut aussi redonner un profit à la municipalité», explique-t-il.

Le conseil municipal analysera d'ailleurs sous peu la tarification en vue de l'ajuster pour le budget 2018. «On n'a pas encore pris de position, mais ce ne sera certainement pas à la baisse», a-t-il tranché.

La Source d'eau satisfaite, selon M. Ferron

L'entreprise La Source d'eau qui embouteille l'eau provenant du réseau d'aqueduc de Malartic pour la revendre ne se serait jamais plainte du taux de taxe qui lui est imposée, selon Martin Ferron. «Ils n'ont jamais signifié quoi que ce soit à ce niveau. Ils vont chercher de l'eau d'une très grande qualité (à Malartic) et ils utilisent un système pour enlever le chlore qu'on met», explique-t-il. Le propriétaire de La Source d'eau n'avait pas retourné nos appels au moment de mettre en ligne.

Malgré l'écart avec ce qui est demandé par plusieurs autres municipalités, la tarification est appropriée à Malartic, selon le maire. «On n’est pas là pour donner l'eau gratuitement», tranche M. Ferron.

Contre la marchandisation

La directrice générale de la Coalition Eau Secours, Alice-Anne Simard, croit quant à elle qu'il n'y a pas de «bonnes tarifications.» Selon elle, les municipalités devraient plutôt être les «gardiennes de cette ressource essentielle à la vie» et s'assurer qu'elle revienne aux citoyens. L'organisme s'oppose à toutes initiatives visant à considérer l'eau potable comme un bien marchandisable.

Toujours selon Mme Simard, les redevances généralement exigées par les municipalités comme Senneterre et Montréal sont aberrantes puisque le montant exigé couvrirait à peine les coûts de production. «Les municipalités vendent l'eau pratiquement au coût coûtant, déplore Mme Simard. Ainsi, ce sont les citoyens qui payent via leur compte de taxes pour que les entreprises puissent faire des profits à l'international.»