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Quatre verdicts possibles pour Pascal Therrien


Publié le 5 février 2018

Le sort de Pascal Therrien, accusé de deux meurtres, est maintenant entre les mains du jury composé de sept hommes et cinq femmes.

©Photo – Archives

Coupable de meurtre au premier degré (avec préméditation) ou d’homicide involontaire coupable dans le cas d’Isabelle Lehouiller; coupable de meurtre au deuxième degré (sans préméditation) ou acquittement dans le cas de Bruce Béland.

Voilà les quatre verdicts possibles que le jury peut rendre à la suite des 17 témoignages entendus au procès de Pascal Therrien, 50 ans, accusé des meurtres de Bruce Béland en 2007 et d’Isabelle Lehouiller en 2015.

Une fois terminées les directives du juge Richard Grenier au jury lors du jour 8 de ce procès, lundi au palais de justice de Val-d’Or, le jury composé de sept hommes et cinq femmes a été séquestré pour qu’il amorce ses délibérations visant à décider du sort de Therrien, du secteur Sullivan, détenu depuis son arrestation en juillet 2016.

Incidemment, le jury avait quitté la salle d’audience depuis quelques minutes à peine qu’il demandait déjà de réécouter les témoignages de Pascal Therrien et de son neveu Gaétan Bélair, l’autre personne en cause dans la mort d’Isabelle Lehouiller.

Rappelons qu’à la suite d’une entente entre la Couronne et la défense, en juin 2017, Bélair purge une peine de six ans de prison après avoir plaidé coupable à des accusations de complot pour extorsion, d’avoir braqué une arme à feu, de complicité après le fait et d’outrage à un cadavre.

Dans sa défense, Therrien soutient que c’est Bélair – et non lui – qui a tiré mortellement sur Mme Lehouiller en octobre 2015. Et que c’est Johnny Coutu, alias Le Notaire (lui-même assassiné en 2009), qui a tué Bruce Béland à l’automne 2007 pour une histoire de drogue.

Départager le vrai du faux

De son côté, la Couronne souligne dans sa preuve que Pascal Therrien s’est vanté d’avoir commis les deux meurtres à des agents doubles qui, dans le but de le piéger, se faisaient passer pour des leaders d’une organisation criminelle intéressée à le recruter.

La Couronne ajoute que Therrien a même conduit les agents d’infiltration à l’endroit où lui et Gaétan Bélair avaient enterré le cadavre d’Isabelle Lehouiller, dans le secteur du chemin Bay View à Val-d’Or.

À cet égard, Therrien rétorque qu’il n’a pas réellement commis les deux meurtres mais qu’il s’en est vanté pour gravir les échelons au sein de ce qu’il croyait être une organisation criminelle dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent.

Le jury est donc appelé à départager le vrai du faux dans toute cette histoire. «C’est une cause essentiellement basée sur la crédibilité des témoins, a rappelé le juge Grenier au jury.

«Dans la mort d’Isabelle Lehouiller, Pascal Therrien est à tout le moins un complice. Il est donc minimalement coupable d’homicide involontaire coupable si vous croyez que c’est Gaétan Bélair qui a tiré (Therrien soutient qu’il voulait seulement faire peur à Mme Lehouiller afin qu’elle lui remette l’argent qu’il lui avait prêté). Mais si vous croyez que c’est Pascal Therrien le tireur, il s’agit d’un premier degré puisqu’il sera clair que vous retiendrez alors le fait qu’il a prémédité le meurtre d’Isabelle Lehouiller (la Couronne affirme que Therrien en voulait à la victime parce qu’elle le ‘’niaisait’’ depuis un certain temps, qu’elle profitait de lui et qu’elle l’avait insulté en le traitant de petit caïd de fond de cour)», a poursuivi le magistrat.

Dans le cas de Bruce Béland, le juge Grenier a signifié au jury que la preuve de la Couronne reposait presque entièrement sur les aveux de l’accusé aux agents doubles. «Si vous êtes convaincus qu’il leur disait la vérité (en se vantant d’avoir tué Bruce Béland) et si vous croyez qu’il a participé au meurtre de Bruce Béland, il est coupable au deuxième degré. Mais si vous croyez la version de Pascal Therrien, vous devez l’acquitter sur ce chef d’accusation», a-t-il indiqué.

À qui a-t-il menti?

En plus d’avoir à jauger la crédibilité de Gaétan Bélair, considéré comme un fieffé menteur par la défense mais comme assez fiable par la Couronne, le jury doit, en bout de ligne, déterminer si l’accusé Therrien a menti au tribunal (en affirmant qu’il n’avait pas réellement commis les deux meurtres), ou s’il a vraiment menti aux agents doubles (en leur racontant avoir commis les meurtres dans le but de les impressionner).

Passible d’une lourde peine

S’il est reconnu coupable de meurtre au premier degré, Pascal Therrien sera automatiquement condamné à la prison à vie sans possibilité de demander sa libération conditionnelle avant au moins 25 ans de détention. Si le jury le déclare coupable de meurtre au deuxième degré, c’est également la prison à vie qui l’attend, mais avec la possibilité de demander sa libération conditionnelle après avoir purgé entre 10 et 25 ans de prison, selon la décision du juge. Et dans le cas d’un verdict d’homicide involontaire coupable, les peines imposées se situent habituellement dans une fourchette de 5 à 15 ans d’emprisonnement.