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Pascal Therrien jugé coupable de deux meurtres


Publié le 7 février 2018

Détenu depuis son arrestation en juillet 2016, Pascal Therrien a été déclaré coupable des meurtres de Bruce Béland et d’Isabelle Lehouiller, mercredi matin au palais de justice de Val-d’Or.

©Photo – Archives

Dénouement percutant au procès pour deux meurtres de Pascal Therrien, mercredi matin au palais de justice de Val-d’Or.

Au début du troisième jour de ses délibérations, le jury de sept hommes et cinq femmes a déclaré l'accusé de 50 ans coupable de meurtre prémédité (1er degré) à l’endroit d’Isabelle Lehouiller et coupable de meurtre non prémédité (2e degré) à l’endroit de Bruce Béland. Les autres possibilités de verdicts étaient l’homicide involontaire coupable dans le dossier Lehouiller et l’acquittement dans le dossier Béland.

C’est donc dire que le jury n’a pas cru la version des faits que Therrien a racontée lors de son témoignage, lui qui affirmait ne pas avoir réellement commis les meurtres mais qu’il s’en était vanté à des agents doubles (qui se faisaient passer pour des leaders d’une organisation criminelle souhaitant le recruter) dans l’espoir de monter en grade dans le monde interlope pour gagner beaucoup d’argent.

Therrien, du secteur Sullivan, a soutenu devant le tribunal que c’est plutôt Johnny Coutu, alias Le Notaire (lui-même assassiné en 2009), qui a tué Bruce Béland pour une affaire de drogue à l’automne 2007, et que c’est son neveu Gaétan Bélair, lequel a témoigné contre lui, qui a tiré mortellement sur Isabelle Lehouiller en octobre 2015.

Rappelons qu’à la suite d’une entente avec le ministère public, en juin 2017, Bélair purge une peine de six ans de prison après avoir plaidé coupable à des accusations de complot pour extorsion, d’avoir braqué une arme à feu, de complicité après le fait et d’outrage à un cadavre en lien avec la mort de Mme Lehouiller.

Double victoire de la Couronne

La procureure de la Couronne, Me Véronic Picard.
Photo - Dominic Chamberland

Ces verdicts représentent une double victoire pour les procureurs de la Couronne dans ce dossier, Me Véronic Picard et Me Jacques Dagenais, lui dont c’était le dernier tour de piste avant de partir à la retraite.

«Nous sommes très satisfaits de ces verdicts du jury, que l’on tient d’ailleurs à remercier pour son travail judicieux et pour son sens du devoir, a d’abord déclaré Me Picard. Ces verdicts démontrent que la preuve du ministère public (la Couronne) était forte, d’autant plus que Pascal Therrien a conduit les agents doubles à l’endroit où était enterré le corps d’Isabelle Lehouiller», a-t-elle souligné.

Me Picard estime que justice a été rendue pour Mme Lehouiller et Bruce Béland. «J’ai une pensée pour les familles des deux victimes, a mentionné Me Picard. Nous sommes bien conscients que les verdicts n’effaceront pas leurs souffrances, mais on espère que ça leur apportera à tout le moins un peu de réconfort», a-t-elle exprimé.

Plusieurs éléments

Selon Me Véronic Picard, plusieurs éléments ont pu inciter le jury à trouver l’accusé coupable des deux meurtres. «Les aveux aux agents d’infiltration constituent une preuve importante et beaucoup d’éléments venaient les corroborer, a-t-elle signalé.

«Lors du meurtre d’Isabelle Lehouiller, Pascal Therrien était accompagné d’une autre personne (Gaétan Bélair), qui est venue témoigner. Et dans le cas de Bruce Béland, l’accusé avait discuté de ce meurtre avec M. Bélair et des preuves scientifiques corroboraient, soit les conclusions du pathologiste à la suite de l’autopsie et le rapport balistique. Il y avait des indices compatibles», a indiqué la procureure.

La prison à vie

Pour le meurtre prémédité d’Isabelle Lehouiller, commis en octobre 2015, Pascal Therrien est automatiquement condamné à la prison à vie, sans possibilité de demander une libération conditionnelle avant au moins 25 ans de détention.

Pour le meurtre non prémédité de Bruce Béland, commis à l’automne 2007, l’accusé est aussi condamné à la prison à perpétuité, avec la possibilité de demander sa libération conditionnelle après avoir purgé entre 10 et 25 ans, selon la décision que rendra le juge Richard Grenier au prononcé de la sentence, le 12 avril prochain. Dans ce cas, le jury a suggéré 15 ans, mais le juge est libre d’en tenir compte ou non.

LA DÉFENSE SONGE À ALLER EN APPEL

L'avocat de Pascal Therrien, Me Rodrigue Beauchesne.
Photo - Dominic Chamberland

Persuadé de l’innocence de son client, Me Rodrigue Beauchesne, l’avocat de Pascal Therrien, venait à peine de sortir de la salle d’audience qu’il parlait déjà d’aller en appel.

Pour la défense, les verdicts de culpabilité de meurtres aux 1er et 2e degrés se veulent le pire scénario. Et c’est bien possible que Me Beauchesne n’en reste pas là. La défense a 30 jours, à compter de la date du verdict (le 7 février), pour porter la cause en appel.

«Je ne suis pas surpris (des verdicts), a signalé l’avocat de la défense. Le jury a travaillé fort à partir des éléments qui lui ont été présentés et on le remercie pour son travail. Cela dit, quand des agents doubles sont impliqués, il subsiste toujours un doute, a-t-il affirmé.

«Certains éléments peuvent être contestés par la défense et c’est ce qui sera étudié. Les agents doubles ont beaucoup de métier, ils font parler les gens et leur font avouer des crimes qu’ils ont commis ou qu’ils n’ont pas commis. Selon nous, il y aurait place à contester», a mentionné Me Beauchesne.

Une deuxième condamnation majeure

Pascal Therrien en est à sa deuxième condamnation majeure par la justice. En mars 2009, il avait écopé d’une peine de huit ans de prison après avoir plaidé coupable à des accusations d’extorsion armée, d’enlèvement, de séquestration armée et d’avoir déchargé une arme à feu, ceci pour avoir tiré dans les mains de Bruce Béland en septembre 2007.

En prononçant la sentence, le juge Richard Grenier (le même juge qui présidait son procès pour les meurtres de Béland et d’Isabelle Lehouiller) avait qualifié les actes de Therrien de «gestes abjects associables à ceux posés par les barbares et les Nazis».