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Martin Proulx: cinq ans de prison pour des abus sexuels sur des enfants


Publié le 24 avril 2018

Martin Proulx passera les cinq prochaines années derrière les barreaux.

©La Frontière/Le Citoyen – Archives

Le 17 avril, le juge Marc E. Grimard a imposé à Martin Proulx une des plus lourdes sentences de prison pour des crimes sexuels. L’homme de 42 ans passera les cinq prochaines années à l’ombre.

Martin Proulx faisait face à trois chefs d’incitation à des contacts sexuels sur des victimes mineures, trois chefs de contacts sexuels sur des victimes mineures et un chef d’entrave à la justice. Il avait plaidé coupable à ces sept accusations en novembre 2017. Il avait aussi été acquitté du chef de production de pornographie juvénile qui pesait contre lui.

Hier, j’étais une victime. Aujourd’hui, avec ta condamnation, je vais être libre. J’ai fini d’être une victime. J’ai passé au travers et je t’ai dénoncé. À ton tour d’être la victime de tes propres horreurs

Une des victimes

Trois histoires d’horreur

Les faits ont commencé en octobre 1997, alors que l’accusé était âgé de 21 ans. Sa première victime était âgée de plus ou moins 6 ans. Dans la nuit, pendant que l’enfant dormait, il aurait tenté de forcer une relation orale.

Quelques mois plus tard, il a commencé à poser des gestes de nature sexuelle sur une deuxième victime de la même famille. Les faits reprochés, qui ont commencé lorsque la victime était âgée de cinq ans, se sont étalés sur une période de sept ans. Des gestes de divers natures ont été posés, que ce soit des contacts sexuels ou le visionnement de films pornographiques en compagnie de la victime.

Cette dernière soutient qu’entre juillet 1999 et 2005, elle aurait subi des contacts sexuels au moins une fois par mois. À partir de 2003, l’accusé aurait eu des relations orales avec sa victime à raison de deux à trois fois par deux semaines. Il a aussi tenté à au moins une occasion d’avoir une relation complète, mais il s’est contenté d’attouchements. Le dernier abus a eu lieu alors que la victime était âgée de 14 ans.

Martin Proulx a fait une troisième victime dans cette même famille. Il a amorcé des contacts sexuels à partir de 2002, alors que celle-ci était âgée de 5 ans. Les faits se sont déroulés sur une période de cinq ans.

Divers contacts sexuels et relations orales ont eu lieu à raison d’une fois par mois. L’homme a même déjà donné un montant d’argent pour une relation orale à sa victime. Les gestes ont culminé par une relation anale. «J’ai serré les dents et je me suis fermé les yeux», a indiqué la victime dans sa déclaration aux policiers.

Ce geste fut le dernier commis par Martin Proulx.

Dénoncer

La troisième victime a entrepris les démarches pour dénoncer en 2016. Martin Proulx a tenté d’éviter la dénonciation en payant la victime. «Il lui a dit que c’était leur secret. Il a admis avoir fait une erreur et il a demandé à la victime de dire au Tribunal que ce n’était jamais arrivé», a révélé la procureure de la Couronne, Me Mélanie Gagné.

Lors du prononcé de la sentence, le 17 avril, deux des trois victimes ont pris la parole devant le juge Marc E. Grimard.

«J’ai essayé de trouver les bons mots pour exprimer ce sentiment atroce. Je ne pense pas qu’il y ait de bons mots. Il y a de bons et de mauvais moments. Il y a de bonnes et de mauvaises personnes. La vie m’a appris qu’il existait des hommes immondes. Il m’a enlevé le droit à mon enfance. Je voulais qu’il arrête, mais en même temps, je ne voulais pas lui faire de peine. Comment pourrais-je expliquer à quel point j’étais détruite?», a déclaré l’une des victimes.

Elle a aussi lancé un message à son bourreau: «Hier, j’étais une victime. Aujourd’hui, avec ta condamnation, je vais être libre. J’ai fini d’être une victime. J’ai passé au travers et je t’ai dénoncé. À ton tour d’être la victime de tes propres horreurs.»

La deuxième victime a aussi tenu à s’adresser à la Cour. «C’est un homme en qui j’aurais dû avoir confiance. J’ai cru ses paroles, que ces actes étaient normaux. Du haut de mes 7-8 ans, j’ai appris rapidement la sexualité. Aujourd’hui, le sexe me rend mal à l’aise», a-t-elle déclaré.

«J’étais une poupée plutôt qu’une personne avec des droits. Longtemps, je me suis sentie coupable parce que j’avais de la peine pour lui. C’est la dernière journée où je pense à lui. Aujourd’hui, je pense à moi», a-t-elle ajouté.

Cinq ans de prison

L’évaluation psychosexuelle a révélé que Martin Proulx se considérait comme un père pour les victimes et que le risque de récidive semblait faible, mais qu’il demeurait présent.

La procureure de la Couronne a considéré comme facteurs atténuants le plaidoyer de culpabilité et l’absence d’antécédents. «Comme facteurs aggravants, il y a la vulnérabilité des enfants et l’abus de confiance, alors qu’il était en situation d’autorité. Il y a aussi une différence d’âge importante avec ses victimes, le nombre de gestes commis, la nature de ceux-ci ainsi que la difficulté à admettre les gestes. De plus, Monsieur a tenté d’entraver le processus judiciaire en offrant de l’argent à une des victimes», a expliqué Me Gagné.

La recommandation commune des avocats a été de cinq ans d’emprisonnement. «J’avais ce chiffre en tête, a lancé le juge Marc E. Grimard. J’avais peur que ce soit moins que ça.»

L’avocat de la défense, Me Marc Lemay, a souligné que son client voulait éviter un procès. «Dès notre première rencontre, il a toujours été clair qu’il ne désirait pas que les victimes témoignent et subissent cela. Pour Monsieur, il s’agit d’une première peine de détention et elle sera longue. Il reconnaît les faits et il est préparé à cette sentence. Je crois qu’une sentence acceptée est plus facile à vivre. Il admet aussi ses torts», a-t-il exposé.

Le juge troublé

Le juge Marc E. Grimard a été choqué. «La première fois que j’ai lu les faits, j’ai été troublé. Je ne peux pas croire que vous ayez commis ces actes sur une si longue période et que vous considériez les victimes comme vos enfants», a-t-il lancé à l’endroit de Proulx.

«Vous les avez trahis. Vous avec trahi leur confiance et abusé d’eux. En plus, sur une longue période de temps. Et vous avez même suggéré à une des victimes que les événements n’étaient pas arrivés. Le seul facteur atténuant, c’est que vous ayez plaidé coupable. C’est la seule chose que vous ayez faite de bien», a-t-il ajouté.

Courage

Le juge a accepté la recommandation commune de cinq ans de prison. Le nom de Martin Proulx figurera à perpétuité au Registre national des délinquants sexuels. Il lui sera aussi impossible d’occuper un emploi en lien avec des enfants ou de se trouver près d’un parc ou d’une école. Il ne pourra plus non plus entrer en contact avec ses propres enfants (qui ne sont pas les victimes dans cette histoire) à moins d’être sous la supervision d’une personne dûment identifiée par le Tribunal.

Le juge Marc E. Grimard a aussi tenu à s’adresser aux victimes. «Je suis impressionné que vous ayez été capables de témoigner. Vous avez été courageuses. Vous avez mentionné avoir tourné la page, je vous le souhaite. Je ne peux pas vous dire d’effacer le tout, c’est impossible. Si vous avez besoin d’aide, allez la chercher. Il n’y a pas de honte à ressentir», a-t-il prononcé.